PHILOSCENE
Pour vous donner une idée en images du spectacle, vous pouvez visualiser ci-après une première bande annonce réalisée avec les moyens du bord le mercredi 15 octobre 2008 dans le théâtre "Le Quai des Arts" à Beaucaire (30).
Vous trouverez également les dialogues sur "Le concept" ici.
PHILOSCENE présente certaines notions philosophiques sous forme de sketches humoristiques et participe d’un processus de désacralisation d’une discipline trop souvent réputée austère.
Tout comme PHILOSONG, PHILOSCENE prend le parti d’amener la philosophie à ceux qui, jusqu’ici, n’en ont pas voulu.
Grâce à ces deux initiatives innovantes, la philosophie « sort du temple » et court au devant de tous.
Nous estimons en effet qu’une bonne pédagogie est une pédagogie qui ne doit pas s’adresser aux spécialistes et prêcher à des convaincus ; elle doit en revanche permettre à tous les laissés-pour-compte de se penser capables de faire ce qui, jusqu’alors, ne semblait réservé qu’à une élite.
En faisant chanter, rire et pourquoi pas pleurer, PHILOSONG ET PHILOSCENE revendiquent un espace philosophique jusque-là inoccupé et susceptible de rendre la philosophique sympathique sans la trahir.
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NB : Les municipalités et/ou les établissements intéressés pourront s’ils le souhaitent recevoir par emails les textes du spectacle de sorte que les intervenants additionnels aient la possibilité de préparer leur travail afin d'intervenir, comme il se doit, entre chaque sketch..
Pour toute information complémentaire, contactez le : 06 47 97 63 91
LE CONCEPT
Florence est snob, un peu mégalo part conséquent ; elle parle avec un accent très 16ième et son humour est parfois limite ringard. Façon Jacqueline Maillan, Sylvie Loly, Charlotte de Turckheim ou Florence Foresti.
Florence (tout en tirant une taffe sur sa cigarette longue ; elle peut avoir un porte-cigarette): C’est drôle, à longueur de temps je rencontre des gens qui ont l’air d’être en colère contre ceux qu’ils appellent « les intellos ». Ils les décrivent comme des personnes qui ne vivent que dans l’abstraction et qui n’ont pas le sens du concret, alors qu’à mon sens voyez-vous cher David, c’est précisément le contraire. Au-delà de c’la, plus j’y réfléchis et plus je me dis que même Monsieur Tout-le-monde (Mister everybody) manie des abstractions à tout bout de champ.
David (voyant que son amie à le cœur à la rigolade): Tout le monde n’est pas agriculteur quand même ma chère !
Florence : Comment cela ?
David (il se fait rire seul): Ben, vous venez de dire « à tout bout de champ »…Ah ah ah !
Florence : Ah oui très fort ! En grande forme à ce que je vois ! Bon, tâchons si vous le permettez d’oublier assez vite cette tentative…avortée (très bas) ! Ecoutez plutôt celle-ci! L’autre jour, à la salle des fêtes de mon village provençal, j’en tairai le nom pour me préserver d’un rush éventuel, on pourrait m’entendre et alors je ne répondrais plus de rien ; une heure ou deux avant l’apéro de 18h, alors que l’apéro de 12h touchait à sa fin, vers 16h30/16h45 donc, nous devions préparer la soirée avec des amis du terroir (terroâr) et l’un d’entre eux, le plus (elle dessine deux parenthèses dans le vide) « rustique » (on sent qu’elle entend également quelque chose de sexuel dans son « adjectif ») , me dit (elle imite son accent, assez mal): « Bon, c’est pas que, mais faut ranger les chaises pour les autres cons qui rappliquent dans pas longtemps êh».
David : « …les autres cons » !!!?
Florence : Oui, entendez par là, les artistes qui devaient arriver d’une minute à l’autre dans le but d’émerveiller nos yeux et réjouir nos coeurs…
David : Ah oui, pardonnez-moi, où avais-je la tête ?
Florence : Mais dites-moi, vous ne semblez pas surpris outre mesure par ma déconcertante capacité à imiter un personnage aussi…primaire, aussi…bestial (elle perd encore un peu son sans froid et paraît avoir chaud).
David : ??!!!
Florence : …Revenons à nos mérinos ! Rien que cette petite phrase : « Bon, c’est pas que mais faut ranger les chaises (à nouveau avec l’accent) » prouve à l’évidence mon très cher ami que même le moins « sophistiqué » des êtres humains, le plus « approximatif » dirais-je même, conceptualise spontanément, qu’il soit chiffon-carpette (à nouveau avec l’accent et en riant tout de suite après) ou pas.
David (s’approchant de Florence): Ah bon !? Et pouvez-vous développer ? parce que là, pour l’instant voyez-vous, je ne capture pas un cachou !
Florence (ventilant le devant de son nez très rapidement): Il me serait pourtant très agréable que vous en capturassiez un…
David est vexé.
Florence : Ce n’est qu’une galéjade mon Davidounet, pardonnez-moi ! Oh mais que vous êtes susceptible alors…
David : C’est que vous y allez fort tout de même !
Florence (A nouveau importunée par la mauvaise haleine de David): Taisez-vous et (autoritaire) écoutez-moi plutôt ! Il y avait dans la salle, toutes sortes de chaises au beau milieu d’un certain nombre de personnes ivres-mortes et entièrement couvertes de vomi: des rouges, des vertes, des…tâchées, des métalliques, des chaises en bois, d’autres en plastique ; bref, et, en un seul regard voyez-vous, mon pote (elle le dit à » l’encanaillée »), en dépit de leur différences et de son « décuvage laborieux», les a rangées sous un seul mot, celui de « chaise », Alleluia ! C’est un miracle, n’est-il pas ?.
David : Oui, il est ! Mais, vous voulez dire par là, que cet…être…inachevé…a spontanément saisi ce que toutes ces chaises différentes avaient en commun pour les unifier dans une seule classe d’objets !?
Florence : Exactement ! Et il se trouve que sans s’en rendre compte, il a immédiatement et étonnamment accédé au concept de chaise pour lequel certaines choses sont accessoires, inessentielles, accidentelles, presque… irréelles. Ça n’est pas rien vous savez, se frayer un chemin vers le glâbre concept au travers de l’inessentiel touffu ! (elle s’excite encore).
David : L’inessentiel touffu, le glabre concept !? Quelles charmantes expressions !
Florence : N’est-ce pas ?
David : Faire du concept un chauve, un imberbe, un individu que l’on atteint qu’après avoir dépouillé tel objet existant de ses poils, il fallait y penser. En d’autres termes, nous sommes tous des gangsters en quelque sorte, l’acte perceptif le plus primaire dévalise le réel sensible, c’est un Hold-up ! Haut les mains votre essence !!
Florence : Ha ha ha ! Enfin vous voilà drôle !
David : l’inessentiel, c’est… par exemple, le matériau dans lequel les chaises peuvent être faites, leur couleur, leur forme…Tout cela est inessentiel ! C’est c’la !?
Florence : Yoh ! Vous avez capté brother !
David : C’est alors à n’en pas douter ce que ne ferait pas encore mon neveu de 2 ans si je lui demandais ce qu’est une chaise. Il me dirait sans doute quelque chose du style (imitant la voix et la gestuelle d’une enfant de cet âge) : « une chaise, c’est en plastique, c’est bleu et ça se casse quand on s’assoie dessus, même que des fois maman et papa, ils s’assoient tout nus dessus, tous les deux, et qu’ils bougent pour la casser plus vite, c’est rigolo ! »
Florence : Vous voyez, ce qui est intéressant, c’est que les très jeunes enfants au contraire des adultes normalement constitués se perdent dans l’inessentiel des objets, s’égarent dans ce qui tient plus de l’existentiel, du contingent, du gratuit.
David : Oui, à cette différence près que les chaises, chez ma soeur, même en plastique, ne sont pas données.
Florence : Ah, vous reprenez votre rythme de croisière à ce que je vois ! D’une autre manière et pour corroborer ce que vous venez de dire, voici 15 ans, j’étais jeune, très jeune, je me promenais dans ce même village à 3 heures du matin à la suite d’un autre apéro qui s’était quelque peu prolongé ; lorsque je croisai un chien dont le regard m’apparu dans toute sa singularité, dont la démarche et le poil m’interpellèrent ; dès lors, j’avais à faire, non pas à un concept de chien, mais à ce chien-là ; ce chien qui, alors que je m’en approchais sentait très fortement l’urine. Je l’ai cependant caressé et…voyez-vous, alors qu’on ne caresse pas un concept de chien, on peut en revanche caresser un chien que l’on croise, si tant est qu’on le voit comme je l’ai vu, et comme je l’ai senti; j’ai d’ailleurs écrit dès mon retour chez moi, juste après m’être lamentablement étalée dans le hall d’entrée, cette phrase qui est un peu mon mémorial à moi : « j’ai grandi d’un chien qui passe… »
Un long silence suit qui appartient encore à Florence.
Florence: But let’s go back to nos mérinos ! (en aparté : C’est trop fort !) n’importe qui dépasse les apparences, et même mon (elle reprend l’accent) collègue, comme ils disent là-bas…(en aparté) chez les sauvages, même mon collègue donc n’arrête pas sa connaissance du monde à la simple perception qu’il en a et je puis vous assurer que c’est plutôt étonnant quand on le connaît. Mais enfin quand même !…quand on y réfléchit un peu, quel est le type de connaissance que permet la perception pure, si elle existe ?
David : … ??!
Florence : Elle nous renseigne sur le fait qu’une chose est, et c’est tout ! J’ouvre les yeux, je vois le monde, immédiatement, je perçois qu’il est (son entité ) et non pas ce qu’il est (sa quiddité). C’est une connaissance minimale, une connaissance d’une grande pauvreté, et finalement…une connaissance de merde.
David : C’est vrai ! Quand on y pense à 2 fois, c’est vraiment une connaissance de merde !
Florence : Et « the air of nothing », pour connaître le réel, il faut aller au-delà. La vérité d’une chose, c’est son concept ; c’est à dire, cette part intouchable, sacrée que l’on ne peut enlever à une chose sans l’anéantir en tant que telle. Par exemple, si je vous enlève votre « ringuardise », je vous perds en tant que David…Si je devais vous conceptualiser, il faudrait qu’elle entrât dans la définition que je donnerais de vous, comme constituant essentiel de votre être.
David : Merci, c’est…c’est gentil !
Florence : Oui, c’est gentil ; j’adore votre ringuardise cher David… Mais si je reprends l’exemple de la chaise et de mon « copain…reptilien »ha ha ha, il a en effet d’emblée saisi ce que toutes ces chaises, dans leur diversités, avaient en commun ; et ce qu’elles ont en commun, c’est d’être un type de mobilier destiné à ce qu’une personne s’assoie dessus, d’être constituée d’un dossier et de quatre pieds pour soutenir le siège surélevé au-dessus du sol. Tout le reste est secondaire et ne fait pas partie de l’être même de la chaise.
David : Vous voulez dire par là que le concept est plus réel que la réalité dont se réclame la plupart des gens qui disent ne pas vouloir « se prendre la tête »… ou « le chou… » …pour rester dans la métaphore agricultrice de tout à l’heure.
Florence : Je dis que l’essence ne tombe pas sous les sens (très satisfaite) puisqu’elle est le résultat d’une opération mentale, si fulgurante soit-elle, et que le philosophe, réputé « déconnecté », ne fait que pousser un peu plus loin ce que tout un chacun fait naturellement, c’est tout !
David : En un clin d’œil, votre pote « archaïque » a donc saisi l’essence de la chaise, en deçà ou au-delà des tables existantes et multiples qui étaient sous ses yeux…C’est un intello alors !?
Florence : Nous sommes tous des intellos ; des intellos qui s’ignorent mon cher, mis à part moi qui ne l’ignore pas bien entendu. Mais en fait, nous sommes tout simplement des êtres humains ! C’est à dire des êtres enclin à abstraire spontanément et à ne retenir des choses que ce qui est leur être propre, bien au-delà ou bien en deçà des apparences, comme vous voulez.
FIN...
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